Jean-Baptiste Hardy : architecte

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Projet Citadelle

PROJET CITADELLE
Travail de diplôme
Date: 2014
Localisation: Strasbourg
Surface traitée: 3000 m2
Statut: Etude

Introduction

 

Etude fractale

S’il manque aujourd’hui, face au défi de l’urbanisation planétaire, le temps de la lente accrétion, la vitesse devrait être tempérée par le débat faisant chaque fois d’une situation topographique, sociale, culturelle, surgir une proposition authentique.

L’un des défis essentiels du développement durable est de ne pas céder au vertige techniciste de solutions toutes faites mais de préserver les continuités culturelles, les caractéristiques locales, l’identité des territoires.

Aussi le concept de territoire durable repose sur l’engagement des collectivités à élaborer une stratégie énergétique globale, visant à la fois la transition énergétique et le développement du territoire. En effet, dans un contexte de crise économique, énergétique et écologique, les collectivités souhaitent désormais se doter d’infrastructures leur permettant de subvenir à leurs besoins énergétiques, tout en veillant au respect de l’environnement. Ainsi, pour obtenir un «territoire durable», les collectivités doivent combiner différentes actions en matière de production d’énergie, d’efficacité énergétique, et d’optimisation des ressources locales.

L’objectif de ces actions est à la fois d’améliorer la qualité de vie et l’attractivité du territoire. C’est pourquoi il est essentiel que la population (habitants et entreprises) soit largement associées et impliquées dans la mise en place d’un territoire durable. Il faut pour cela établir une stratégie, une feuille de route précise, en deux phases :

Tout d’abord, faire le point sur l’état des lieux du territoire : ressources disponibles, contexte socio-économique, réseaux énergétiques, disponibilité du foncier, infrastructures et transport. Ceci afin de connaître précisément les capacités de la zone.

Dans un deuxième temps, sur la base des informations collectées, déterminer l’ampleur du projet.

Dans notre étude le projet vise la continuité d’une démarche durable entre l’échelle du territoire et celle de l’architecture, à travers un projet de logements et d’aménagement public au môle de la Citadelle à Strasbourg.

Il s’inscrit dans le plan directeur des Deux Rives dont l’ambition est de reconquérir une zone portuaire délaissée. La reconquête des friches industrielles représente un enjeu urbain de taille. C’est au coeur de ces enjeux forts que s’inscrit l’aménagement du môle de la Citadelle.

Dès lors, comment préparer la mutation de ce quartier à des nouveaux défis pour garantir aux générations futures la sécurité énergétique et un cadre de vie de qualité ? Comment traiter une question courante (celle du logement) sur un site inscrit dans la tendance des réppropriations de friches industrielles, en répondant aux nouvelles problématiques énergétiques et aux exigences de confort des citadins ? Quels seront les bénéfices apportés par un travail sur les seuils et les transitions pour créer une continuité à toutes les échelles, énergétique, structurelle, de perception et d’usage ?

Ce projet combinant l’analyse territoriale et l’architecture, aboutissement de l’expérience des territoires en capacité autonome et des éco-quartiers, répondra à la problématique:

De l’échelle du territoire à celle de l’architecture, comment travailler la continuité d’une démarche durable ?

Aussi il est primordial de donner la définition urbaine, paysagère et énergétique de notre territoire.

Le site s’inscrit dans le contexte stratégique qu’est le projet « Strasbourg-Kehl Métropole des Deux Rives », projet de développement d’un nouveau coeur d’agglomération allant du Heyritz à Kehl. Il se situe à l’articulation entre des opérations déjà achevées, la Cité de la Musique et de la Danse, le quartier Rive Etoile, la Médiathèque André Malraux et les projets en construction, écoquartier Danube, terrain Starlette, site de la Coopérative , quartier du Port du Rhin et le secteur des Deux Rives.

C’est une presqu’île d’environ 15 hectares entouré des bassins Dusuzeau et Citadelle construits au 19ème siècle pour faciliter la navigation fluviale sur le Rhin et assurer l’extension des installations portuaires du « Port autonome de Strasbourg ». Aujourd’hui le déclin des activités laisse plus de la moitié de la surface du site à l’abandon.Il reste néammoins trois entreprises sur le site :

les Cafés Sati, les ateliers du Batorama et une annexe de l’administration du P.A.S.

L’activité fluviale est donc toujours présente sur le site, les quais sont exploités par des bateaux de croisière sur les rives du bassin Vauban. De plus le projet de construction du port de plaisance sur la rive sud du môle viendra complêter l’activité existante et l’attractivité du site.

Le môle sera aussi prochainement déservi par l’extension de la ligne du tram D avec un arrêt sur le site qui assurera une liaison directe avec le centre ville de Strasbourg mais aussi avec la ville de Kehl.

La partie Nord-Ouest est dessinée par l’agence d’urbanisme Reichen et Robert qui a été chargée du plan directeur de l’axe Strasbourg-Kiehl, et propose un programme mixte sur le site.

Le projet prend place sur la zone Sud-Ouest du môle de la citadelle, à l’interface entre le projet de port de plaisance, les activités fluviales, la promenade le long des berges et s’appuie contre le talus.

Se situant au centre du môle, le talus s’étend sur toute la longueur de la presqu’île. Il prend la forme d’une langue de terre de 28 mètres de large 6 mètres de haut , non naturelle, allongée et escarpée. C’est une ancienne rampe de lancement d’un pont médiéval qui a évolué de manière spontanée vers une friche herbacée composée de broussailles et de buissons.

L’eau est omniprésente sur le site au niveau des rives surélevées de 1 à 5 mètres, toutefois accécibles niveau du futur port de plaisance.

mais aussi sous le site,

En effet Strasbourg se situe sur la nappe phréatique rhénane, la plus grande nappe européenne.

Les éléments géographiques singuliers offerts par le site comme la nappe doivent être considérés comme des ressources spécifiques entrant dans notre démarche durable s’inscrivant dans le triptique de réflexion: production, stockage, restitution.

Dans notre cas, la production pourrait se faire par la centrale de la SETE, qui se situe sur le site Starlette et dont la capacité thermique est très élévée. En effet cette centrale permet d’alimenter tout le quartier de l’esplanade ainsi que le campus par un réseau primaire d’eau à haute pression. Des échangeurs permettent de transférer la chaleur ensuite pour l’eau chaude sanitaire.

L’intérêt de cette centrale est double, c’est d’abord une centrale à cogénération, avec un facteur de rentabilité très élévé; néammoins les réacteurs à cogénération ne sont pas utilisés en continu du fait de l’absence de capacité de stockage, et c’est justement pour cette raison et comme le projet d’Aulnoy à Valancienne, que le stockage dans la nappe phréatique peut devenir intéressant. L’autre point, c’est le réseau qui permet de faire circuler de la chaleur avec un minimum de perte jusqu’aux sous-stations (échangeurs) installées dans les unités d’habitation.

Le projet permettra de boucler le réseau en supportant les infrastructures nécessaires en utilisant le nouveau pont du tram et la passerelle pour faire traverser les infrastructures caloriporteuses.

On produit la chaleur dans la centrale été comme hiver, on stocke les excédents sous le site et on restitue cette chaleur grâce aux sous-stations.

Un autre apport énergétique est envisageable, à travers la méthanisation des biodéchets pour fournir la centrale de la SETE en énergie primaire. La méthanisation permet de produire de la chaleur et de l’ électricité à partir des fermentescibles recueillis sur un périmètre élargi utilisant le Rhin comme voie douce depuis les stations d’épuration par exemple.

En contrepartie, le site pourra alimenter le réseau de chaleur des nouveaux quartiers comme Starlette.

Après avoir mis en place le développement des énergies locales, en fonction des ressources disponibles sur le territoire, de la géographie, interressons nous à l’organisation énergétique du projet.

Notamment dans les bâtiments:

La disposition et la hauteur des logements sont basées sur la course du soleil afin de capter l’énergie passive. Il faut permettre aussi un phasage de l’implantation du bâti, optimiser les coûts par des techniques de construction épprouvées et la répétition de modules.

Il existe deux formats d’unités, dessinés sur la même trame mais permettant de s’adapter au contexte pour s’inscrire au mieux sur le site.

Le choix des matériaux dépend de la zone d’influence du territoire. La présence de l’usine d’Achenheim à une quinzaine de kilomètres est un argument déterminant dans le choix de la briques à haute performances qui fait partie des matériaux techniques les plus fiables.

Au niveau des unités elle-même la question de la performance énergétique, se traduit par une morphologie du bâti permettant le maximum d’apport d’énergies passives, l’utilisation de serre comme espace tampon et l’intégration d’une sous-station particulière. En effet celle-ci se compose d’un échangeur relié au réseau de la SETE, d’un ballon commun d’eau chaude sanitaire et d’un deuxième échangeur pour la pome à chaleur.

Le réseau d’eau à haute pression circule dans le talus technique celui-ci permet de préserver la végétation du site, en minimisant l’emprise sur les racines des arbres existants.

Puisque nous parlons d’énergie et d’objectif énergétique, il ne faut pas oublier la notion « d’énergie sociale » . Une sensibilisation des habitants au développement d’actions locales est un facteur important pour atteindre la sobriété énergétique. c’est la raison pour laquelle le bâti est organisé sous forme d’unités collectives ou un certain nombre d’équipements sont mutualisés comme les machines à laver, l’eau chaude sanitaire et le chauffage.

C’est l’aboutissement de la chaîne, chaque occupant doit prendre conscience que c’est d’abord par son comportement que le territoire sera de qualité.

c’est grâce à cette « énergie sociale » que nous arriverons à des modèles de fonctionnement innovant.

La performance énergétique de la solution globale dépend des comportements de chaque individu.

L’individu est donc bien au coeur du projet car ses actions s’inscrivent dans notre trinôme de réflexion : territoire, énergies, usages.

Les éléments constructifs, architecturaux et paysagers projetés sont conçus comme autant de possiblités d’usages du territoire et de l’énergie.

Le projet développé en bande le long du talus explore la connexion entre la ville et le môle par l’intermédiaire d’une passerelle.

La passerelle permettra de relier à nouveau l’extrémité de la confluence au parc de la Citadelle en offrant le maximum de qualité et des connexions qui permettent de l’intégrer dans des circuits plus longs.

La promenade des berges tout autour du môle doit devenir un élément incontournable. C’est le second parcours avec la promenade du talus, reliées toutes deux par un réseau de chemins tressés à travers le bâti.

L’aménagement urbain tient compte de ces parcours en offrant la possibilité de descendre depuis le talus vers le port de plaisance en empruntant une multitude de chemins différents. Chacun est ponctué d’éléments singuliers comme le parvis de la capitainerie, le café du talus, ou encore les passages fleuris à travers les jardins et l’existant.

Pour limiter l’emprise de la voiture sur la site, les parkings des unités seront dissimulés sous un talus technique adossé au talus existant. On circulera aussi sur l’axe existant qui permet d’accéder aux activités fluviales et de se garer.

Le programme prévoit de complêter ces activités par des terrasses de café, des bureaux directement accessibles depuis le tram et qui s’installeront dans les anciens hangars devant le port de plaisance, ainsi que dans le bâtiment au sud du talus.

Le bâtiment d’articulation est le plus exposé au regard, ce qui le rend idéal pour un café et des bureaux. La trame de façade est différente pour marquer un usage différent. Le café prend place au RDC et en mezzanine au R+1. Les bureaux occupent tous les étages supérieurs.

Le programme d’habitations se compose de 4 unités adossées au talus. Il existe aussi une deuxième typologie le long des quais du port de plaisance qui présentent des caractéristiques différentes en fonctions des besoins, des vues, de l’implantation, mais qui n’est pas developpée.

Le paysage tient une part importante du projet, le rapport au parc de la citadelle, le rapport à l’eau, la nature sur le bâti, plantes grimpantes, roses trémières, jardins privés, sont autant de prolongement du concept de la serre, et du bien-être sur le site.

Le talus doit aussi participer de l’identité du quartier en restant un lieu boisé, de détente, de ballade où il fait bon vivre et où l’on voudrait se poser.

Le traitement des sols en pavés, différents selon les usages, et l’utilisation de noues au pied du talus permettra un drainage naturel du site.

À l’échelle du logement, le projet explore davantage les seuils afin de gérer les limites entre le public et le privé, l’usager et l’habitant, l’intérieur et l’extérieur, les pièces de vie, les pièces de nuit. Une attention particulière a été accordée à l’accès au logement.

L’accès au logement est un élément qui contribue à faire chevaucher deux mondes, l’espace public et l’espace privé. La création d’un lieu de qualité est primordiale dans cette expérience quotidienne décuplée par la mutualisation.

La coursive Nord est donc un espace de transition aussi bien énergétique que sociale.

On entre donc sur un RDC dégagé qui donne sur le jardin et permet d’accéder aux vélos, au local poubelle et au parking.

On monte ensuite au premier étage où l’on trouve les salles d’eau (machine à laver et sêche-linge) dans l’espace moins lumineux contre le talus et reliée à la sous-station.

Le deuxième et troisième étage ont trois logements, le quatrième étant le plus exposé au Soleil présente quatre logements.

Les multiples terrasses ajoutent une qualité aux logements. Leurs dispositions mitoyenne des jardins d’hivers offrent de nombreuses combinaisons d’usage.

Parfois en loggia, parfois en serres sur l’extérieur, elles permettent de prolonger la communication entre l’espace intérieur et extérieur, ce qui offre la flexibilité entre l’isolement et la participation au spectacle de la vie urbaine. Ces zones de transitions brouillent les limites. Elles gèrent et génèrent le dialogue entre public et privé, entre continuité et transitions.

L’intérieur des logements est sobre, la brique réapparait quelques fois.

Les réseaux sont apparents, pour simplifier la mise en oeuvre, mais aussi pour suggérer la présence technique de l’énergie. De même la cuisine est un élément technique visible.

Les planchers sont en poutrelles hourdis de briques creuses pour suvire la continuité des matériaux.

La vie dans les unités est donc un travail de cohérence à toutes les échelles, de perception et d’usage.

Conclusion

Finalement l’inscription d’un projet dans un démarche durable implique un grand nombre d’acteurs et questionne la position de l’architecte dans un tel processus en opérant un travail sur la continuité, la hiéarchisation et l’influence des contraintes et des intentions de l’échelle du territoire jusqu’à celle de l’architecture.


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